Publié par Laisser un commentaire

Bois de rose, ébène et séquoia

Un bon mois s’est écoulé depuis le dernier article… et oui, au mois de mai il y a beaucoup à faire dans le jardin et surtout au potager, alors logiquement j’ai passé moins de temps dans l’atelier. C’est un énorme privilège d’être maître de son temps, de pouvoir décider à la dernière minute de quoi sera faite l’heure qui vient, en étant seulement guidé par la météo, la température extérieure, ou simplement l’inspiration ou l’envie du moment.

J’ai bien entendu trouvé le temps de produire quelques objets, consacré quelques heures à la gestion du site et des boutiques en ligne, fait quelques photos et poursuivi mon travail de documentation afin de continuer à progresser dans la maîtrise de tous les savoir-faire sollicités dans le travail du bois.

J’arrive au bout de mon stock de séquoia, mais j’ai encore pu tourner quelques jolies pièces.

Un second soliflore, que je trouve plus réussi que celui terminé il y a quelques semaines : j’ai pu tourner très exactement la forme que j’avais imaginée puisqu’il n’y avait pas dans ce morceau de bois de contrainte interne m’imposant de modifier l’aspect final.

P1060843ter
Voir détails et prix…

Toujours en séquoia, voici deux coquetiers qui, s’ils ne sont pas rigoureusement identiques, sont tout de même très semblables et seront vendus ensemble :

P1060859ter
Voir détails et prix…

J’ai aussi choisi de démarrer une nouvelle série de bijoux, avec davantage de boucles d’oreilles que précédemment, l’objectif étant d’utiliser différents bois précieux que j’ai en stock afin de les associer par collage et de produire des bijoux qui marient plusieurs essences de bois.
Ici, une paire de boucles d’oreilles et un collier avec un pendentif assorti : les bois utilisés sont de l’ébène du Gabon et du bois de rose du Nicaragua, aussi appelé cocobolo :

P1060821ter
Voir détails et prix…
P1060836ter
Voir détails et prix…

D’autres bijoux sont en cours d’élaboration, je vous les présenterai le moment venu…

Publié par 4 commentaires

Vies, morts et renaissances d’un séquoia

Vers le début des années 80, une amie de mes parents rentre des États-Unis avec un souvenir un peu particulier de son voyage : elle rapporte dans ses valises un morceau d’écorce de séquoia.
Peut-être a-t-elle une idée derrière la tête, sans doute veille-t-elle à ne pas laisser l’écorce se dessécher, toujours est-il qu’au bout de quelques jours une jeune pousse apparaît. Vivant en appartement, elle ne peut espérer faire pousser un séquoia sur son balcon, et c’est ainsi que le jeune arbre issu d’un mastodonte américain se retrouve planté dans le jardin de mes parents après avoir survolé l’Atlantique.

Enfant, il m’est arrivé quelques fois de jouer à sauter par dessus l’arbuste qui entamait alors sa croissance : une place de choix lui avait été décernée, au milieu d’un vaste espace de pelouse, on savait qu’il lui faudrait beaucoup de place s’il trouvait le terrain à son goût.
Le séquoia est un arbre à croissance rapide et il m’a vite rattrapé puis dépassé. Trente ans plus tard il était devenu l’arbre le plus imposant du jardin, dépassant des chênes qui pourtant étaient déjà adultes avant sa plantation.

Mais un jour le séquoia commence à montrer des signes alarmants, peu à peu il prend des couleurs automnales alors qu’il s’agit d’un arbre persistant. Aucun remède n’est envisageable sur un arbre de cette stature, alors il faut bien se rendre à l’évidence : l’exilé est en train de mourir. Une fois l’arbre sec, et sans qu’on ait su ce qui l’avait tué, il a fallu le faire abattre pour ne pas risquer un accident en cas de forte tempête.

C’est ainsi que j’ai récupéré deux très gros morceaux provenant de la base du fût, dont le diamètre devait bien approcher le mètre. Aujourd’hui je fabrique des objets tirés de cet arbre que j’ai vu grandir, et c’est une réelle satisfaction de connaître très précisément l’histoire de ce bois et ainsi de lui donner une nouvelle vie.

Bien entendu je ne sais pas si l’arbre duquel provenait le morceau d’écorce est toujours vivant et poursuit sa croissance aux États-Unis, mais j’ai tout de même une excellente nouvelle : le système racinaire de celui qui poussait chez mes parents n’était pas complètement mort puisque de jeunes pousses sont apparues sur la souche laissée après l’abattage, et celles-ci semblent très vigoureuses.

La nature est souvent pleine de surprises…

Voici quelques objets fabriqués ces derniers temps, en séquoia bien sûr ! La plupart seront proposés à la vente dans les jours qui viennent :

P1060687
Soliflore – Voir détails et prix…
P1060684
Pot à crayons – Voir détails et prix…
P1060682
Pot à crayons – Voir détails et prix…
P1060689
Coupe XXL
P1060677
Boîte – Voir détails et prix…
P1060691
Coupelle – Voir détails et prix…
P1060695
Petite assiette creuse
Publié par Laisser un commentaire

Tournage d’une assiette en séquoia : il y a parfois des ratés…

Je vous propose aujourd’hui de suivre le déroulement du tournage d’une assiette creuse en séquoia.

Je commence par découper un bon morceau d’une énorme bûche de séquoia, à la scie circulaire sur tout le pourtour, ce qui donne une profonde entaille qui va servir de guide pour scier à la main.
Je scie dans le sens du fil, avec une égoïne dont la denture est faite pour scier en travers du fil… du coup c’est dur, c’est long, ça n’avance pas, alors on alterne main gauche main droite pour éviter d’avoir un bras tétanisé demain matin… et finalement j’obtiens une belle tranche de 5 cm d’épaisseur, dans laquelle je découpe à la scie à ruban un carré de 20 cm de coté :

P1060626bis

Je repère le centre avec les diagonales, puis je trace au compas une projection de l’assiette.

P1060627bis

Et j’enlève les coins à la scie à onglet, ça sera toujours ça de moins à enlever à la gouge sur le tour :

P1060628bis

Je fixe la pièce entre pointes sur le tour :

P1060629bis

Et c’est parti pour la mise au rond, en trente secondes avec la gouge à dégrossir :

P1060630bis

Ensuite je tourne le fond de l’assiette et je fais une empreinte pour pouvoir la fixer dans le mandrin en extension, ce qui permettra de terminer par le creusage.

P1060631bis

P1060632bis

P1060633bis

P1060634bis

Je démonte la pièce de bois, la retourne et la fixe dans le mandrin avec une prise en extension :

P1060635bis

Je replace la poupée mobile pour plus de sécurité puisque la pièce n’est pas encore tout à fait équilibrée :

P1060636bis

Avec la gouge à creuser j’aplanis la face, maintenant la pièce est équilibrée et il ne restera qu’une bosse au centre à enlever :

P1060637bis

J’enlève la poupée mobile pour pouvoir commencer le creusage proprement dit : il s’agit donc maintenant de tournage en l’air , c’est l’expression qu’on emploie quand la pièce de bois n’est pas entre pointes :

P1060638bis

Le creusage n’est pas en bois de bout, il faut donc aller de l’extérieur vers le centre pour toujours couper une fibre de bois en appui sur une fibre plus longue et ainsi éviter les arrachements. Après quelques passes à la gouge à creuser :

P1060639bis

Ça y est j’ai rempli un seau de 10 litres de copeaux :

P1060640bis

Je m’en sers dans le jardin : très utile pour faire un paillis sur les massifs ou le potager, j’en mets aussi un peu dans le compost pour apporter de la matière sèche et ainsi équilibrer les apports.

Je poursuis le creusage :

P1060641bis

Ça commence à prendre forme, mais c’est encore un peu trop épais.

Et c’est là, tout près du but, que le problème survient : l’assiette vibre quand j’essaye de creuser davantage, le bruit n’est pas normal…
J’arrête le tour, je vérifie que le mandrin tient toujours l’assiette fermement… c’est bon… ce n’est pas non plus une vitesse de rotation trop élevée puisque je suis à 1500 tours par minute…
Alors je tourne la pièce à la main, je regarde de près, et je découvre ça :

P1060642bis

Une belle fissure… si je continue à creuser c’est sûr, l’assiette va exploser et probablement faire des dégâts dans l’atelier.
Alors pourquoi cette fissure ? Plusieurs pistes : le bois était peut-être déjà fissuré ou simplement fragilisé, ou bien j’ai fait une passe trop profonde avec la gouge… Les pièces qui cassent, ça arrive à tout le monde, même aux tourneurs les plus habiles et chevronnés…
Et bien entendu plus le bois s’amincit, plus le risque augmente, donc tant pis j’arrête là, j’ai fait une ébauche d’assiette invendable… elle va rejoindre les autres pièces fissurées, ou peut-être servir de vide-poches à la maison !

P1060644bis

P1060645bis

C’est toujours rageant de rater quelque chose, alors on peut se consoler en gardant à l’esprit que les erreurs permettent de progresser…

Publié par Un commentaire

Bois de fil ou bois de bout ?

Les planches à découper que l’on trouve dans nos cuisines sont en général en bois de fil, alors que les billots de boucher sont toujours en bois de bout. Mais que signifient ces deux expressions ? Je vous livre quelques éléments d’explications…

Le bois est un matériau qui possède une structure très particulière : il est constitué de fibres qui vont à peu près toutes dans la même direction : pour un arbre qui est encore sur pied, les fibres qui forment le tronc sont verticales. Une branche qui a poussé horizontalement a ses fibres horizontales. C’est la disposition de ces fibres qui explique qu’une branche possède une certaine élasticité et peut être plus ou moins courbée sans rompre.

Quand on débite un tronc d’arbre en plusieurs tronçons, par exemple pour faire du bois de chauffage, ces fibres sont tranchées à peu près perpendiculairement à leur direction. On peut alors observer, pour beaucoup d’espèces, les formes concentriques dessinées par les cernes de croissance, et qui permettent parfois de déterminer l’âge de l’arbre. Ces surfaces qui étaient auparavant cachées à l’intérieur du tronc sont dites « en bois de bout » car elles sont formées de l’extrémité tranchée de toutes les fibres qui constituent le morceau de bois.

Au contraire, quand on débite un tronc d’arbre pour en faire des planches, on coupe dans le sens des fibres, et on obtient ce que l’on appelle du « bois de fil ».

P1060599bis
Frêne – Bois de bout
P1060600bis
Frêne – Bois de fil

Ces deux expressions s’appliquent donc uniquement à des surfaces, et non à des morceaux de bois dans leur globalité : si on a taillé un cube dans une bûche, on va avoir (en général, sauf découpe très spéciale…) deux faces opposées en bois de bout, et les quatre autres faces en bois de fil.

P1060595bis
Séquoia – Bois de bout
P1060594bis
Séquoia – Bois de fil

Quand on travaille le bois, il est très important de toujours garder à l’esprit la distinction entre ces deux types de surfaces car leurs propriétés sont très différentes.

Les propriétés mécaniques sont différentes et le sens des fibres oblige à utiliser les gouges, ciseaux et rabots dans un certain sens et pas dans l’autre, ce qui permet de « coucher » les fibres les unes sur les autres et d’éviter les arrachements. Mais ceci est un peu complexe et je ne vais pas le développer davantage ici.

Si on veut faire des assemblages : le collage de deux pièces en bois de bout sera peu résistant car la colle sera pompée par les fibres du bois qui agiront comme de petits tuyaux, et la colle ne restera donc pas bien en surface. Un collage entre deux pièces en bois de fil sera par contre très résistant, et s’il est bien réalisé il sera même plus résistant que le bois lui-même.

Le ponçage du bois de bout est beaucoup plus difficile que celui du bois de fil car le bois de bout est plus dur. C’est d’ailleurs pour cette raison que les billots de boucher sont en bois de bout : les couteaux y laissent des marques moins profondes, et ce d’autant plus qu’ils ne tranchent pas les fibres du bois, contrairement à ce qui se passe avec une planche « classique » en bois de fil.

P1060596bis
Gaïac – Bois de bout
P1060597bis
Gaïac – Bois de fil

Le bois de bout absorbe plus les liquides que le bois de fil. Pour une finition huilée, il suffit d’appliquer davantage d’huile pour arriver à saturation. En revanche, pour une finition vernie il est difficile de créer un film de vernis sur du bois de bout puisqu’il est absorbé dans les fibres à chaque nouvelle couche. On utilise donc d’abord un produit appelé bouche-pores qui comme son nom l’indique va boucher les pores du bois et faire en sorte que le vernis ne soit plus absorbé à l’intérieur mais reste en surface.

P1060593bis
If – Bois de bout
P1060592bis
If – Bois de fil

Enfin, la question de l’esthétique mérite aussi d’être abordée : le bois de bout et le bois de fil ont souvent un aspect très différent (sauf peut-être pour certains bois exotiques dont le fil est presque indiscernable) et on peut être amené à vouloir une surface en bois de fil comme surface principale. Mais on est vite limité par les dimensions d’une pièce de bois en bois de bout : le diamètre des troncs n’est pas illimité, et même s’il l’était on aurait encore le problème des fentes dues au séchage qui sont inévitables si on cherche à obtenir une pièce de grandes dimensions en bois de bout. On est donc obligé de procéder avec des assemblages de plusieurs morceaux déjà secs, ce qui permet d’ailleurs de créer des motifs ou de marier différentes essences pour des résultats remarquables.

En lien avec cet article :
Faut-il utiliser des ustensiles de cuisine en bois ?
Bois et contact alimentaire
Le gaïac ou bois de vie